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Les Editions de la Méduse et Eric Bourdon Diplôme d’honneur littéraire – 9ème Concours International "Regards 2007"
Décerné le 19 mai 2007 à Nevers
Les Voleurs d’Enfant
Roman (Thriller)
170 p, 15 euros (frais de port compris)
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La Méduse,
18 rue Anatole France,
59800 LILLE
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Quelques-uns des commentaires de lecteurs adressés à l'éditeur ou par le site, et transmis à l’auteur qui les a lus et vous en remercie chaleureusement...
Dès que j’ai commencé, j’ai été accroché par votre texte. Le sujet m’intéresse, j’ai trouvé pas mal de passages avec un humour très corrosif [...] Il y a aussi certains passages descriptifs assez fins et une réflexion intéressante sur la secte comme une sorte de religion appliquée.
L’une des réflexions que je me suis faite après avoir lu votre livre, c’est que notre société laïque [...] a un problème majeur dans sa réflexion sur le problème des sectes. Elle n’a – par définition – que très peu de moyens de juger le contenu de la doctrine ou de la pratique d’une secte et ne peut que s’engager sur des éléments plus formels comme le rapport de la secte à l’argent, la question de savoir si la secte sépare les familles, si elle opère des « lavages de cerveau », etc. Mais ces critères ne fonctionnent pas bien si on les isole de la question « toute bête » de savoir si ce que la secte assigne est vrai ou pas.
Daniel, responsable dans une association humanitaire.
Du point de vue de l'écriture, c'est un vrai livre qui se lit d'une traite, parce qu'il sort des tripes comme un cri. Pascal a dit "La vraie éloquence se moque de l'éloquence". Je pense que c'est vrai quand on a vraiment quelque chose à dire [...] Quant aux sectes, comme les sceptiques, je "suspends" mon jugement ! En tout cas, c'est un vrai livre, bien écrit, dans un style alerte et vif. Félicitations.
G., psychologue.
je voulais vous dire que j'avais apprécié votre texte [...] très intéressant et remarquablement écrit. [...] le témoignage d'un auteur à autre auteur me semble un petit signe nécessaire et qui fait du bien dans la vie.
Chantal, écrivain.
Vous décrivez d'une manière vivante ce que les sociologues peuvent dire à propos de la panique sociale engendrée par les mouvements antisectes à propos des groupes religieux minoritaires.
R., Maître de conférences en psychologie.
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"BONUS"Les références des sections suivantes sont celles de livres ou de sites internet. Elles sont données ici à titre indicatif, pour évoquer dans l’actualité des pistes possibles où l’on pourrait retrouver la problématique du roman. Les sources sont clairement indiquées à chaque fois, et il sera bien plus intéressant encore de consulter ces livres et sites en entier, afin d’évaluer leur pertinence et de vous faire ainsi une idée par vous-même.
Un mythe, propagé par des associations anti-sectes, voudrait nous faire croire que celles-ci n’ont aucune origine, aucune histoire, aucune idéologie, et qu’elles se contentent de relever les faits avec une objectivité éclatante. Les auteurs et références ci-dessous affirment le contraire. Ces associations ont une origine identifiable, des développements historiques riches et intéressants que l’on peut retracer avec précision, et une idéologie (deux idéologies majeures, en fait) parfaitement identifiable et subjective au plus haut point. Bref, elles ont une histoire, assez passionnante d’ailleurs.
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3. Des sectes "anti-sectes" en France? 4. L'AFF ou ICSA, modèle américain de la secte "anti-sectes" 5. Mouvements "anti-sectes" aux USA et en France
1. Extraits du livre
2. Interview de l'auteur
« Une association anti-sectes qui, en incitant un couple américain à tenter, par tous les moyens, de faire partir leur fils d’une soi-disant ‘secte’, forcera celui-ci à couper les ponts avec eux pour sauvegarder un minimum de liberté ! »
Extrait d’une interview du 3 août 2006, de Natacha Mabrielle pour les Editions de La Méduse.
« Monsieur Bourdon, votre roman Les Voleurs d’Enfant vient d’être publié. Il s’agit d’une ‘histoire de sectes’ qui se déroule aux Etats-Unis, d’un genre particulier puisqu’elle va plus loin que les histoires ‘traditionnelles’. Elle évoque une secte qui se cacherait bien plus que les autres, une secte des plus terribles puisqu’elle se cache derrière une apparente activité de lutte contre les sectes ; c’est un piège redoutable !
- C’est ce qu’on attend d’une secte, en général, qu’elle se cache toujours plus, toujours mieux qu’on ne l’imagine...
- Votre personnage principal, américain, a un goût particulier pour la culture française, même s’il n’en connaît presque rien, il peut à peine citer le nom des philosophes auxquels il pense, il est plutôt grotesque. A la fin du livre il y a même une petite ‘pique’ contre la politique française face aux sectes. Ce livre est-il une critique de la peur de la France face aux nouvelles religions, face à la différence ?
- Oh, il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, cependant, pour dire la vérité, ce sujet ne m’obsède pas réellement, les choses évoluent doucement, à leur rythme... Je me suis intéressé au sujet... C’était l’occasion d’un roman ! Les Voleurs d’Enfant est franchement une pure fiction. En fait je voulais créer un roman avec une structure tragique assez fascinante, et dans ce sens je peux utiliser certaines réalités politiques pour m’inspirer ou former le contenu de l’histoire, mais le roman... Je ne suis pas spécialement un créateur ‘engagé’ au sens classique, je ne suis pas au service de la réalité, je me sers de la réalité pour construire une oeuvre.
- Vous prenez ce que vous trouvez dans la réalité pour vous en servir ?
- C’est exactement ça ! Je prend ce qui m’intéresse, je le recompose à ma manière, le mélange à d’autres éléments, j’y rajoute une quantité de choses purement inventées, je vois ce que ça donne...
- Et si vous pouvez les citer, quelles sont les choses essentielles qui, dans la réalité, ont pu vous inspirer le plus fortement ?
- Plusieurs choses...
- Prenons la première, la toute première !
- Au départ, il y avait, vous savez, cette histoire de « commission » mandatée par l’assemblée nationale, qui avait pour but, en quelques semaines, de montrer du doigt, dans une ‘liste noire’, environ deux cent nouvelles religions, comme étant des organisations purement... criminelles. Sans aucune preuve ! A part l’Eglise Catholique, institutionnelle, les juifs (on peut difficilement leur taper dessus encore une fois), ou les francs-maçons, toutes les formes de religions étaient déclarées ‘sectes’ d’un seul coup ; je crois que c’était en... 1995. Les droits de l’homme disaient ‘nul ne peut être discriminé du fait de son appartenance religieuse, etc.’, et là on avait trouvé la parade ! Ce n’étaient plus des religions, c’étaient des sectes. Dehors ! Dossier bouclé. Sans aucune preuve, de la diffamation pure et simple. Je croyais qu’il fallait apporter des preuves lorsqu’on accusait une personne ou un groupe, et là, non. Attaquer pour diffamation ? Impossible, c’était une liste votée par des députés, je pense qu’il y avait une histoire d’immunité, il aurait fallu faire un procès contre l’Etat lui-même, certains s’y sont aventurés, d’ailleurs, ça n’a pas donné grand chose je crois...
- Ça a l’air de vous avoir vraiment marqué...
- Bien sûr ! Qui ça n’aurait pas marqué ? Je crois que j’ai pris une énorme claque à ce moment-là, je me suis ‘réveillé’, la France, en matière de justice, était... tellement... Je veux dire, ça n’avait rien à voir avec ses grands idéaux professés dans les médias... Il fallait encore se battre pour convaincre des députés qu’on ne pouvait pas accuser sans preuve ?! On en était là ?
- Pourtant certaines de ces ‘religions’ sont véritablement dangereuses ?
- Mais bien sûr, et il ne faut leur faire aucun cadeau ! Mais devant les tribunaux, avec des éléments de preuve, des choses incontestables. Je n’ai rien, j’ai tout pour le combat contre les sectes quand il y en a, mais, vous le savez, les choses sont tellement floues à ce sujet, les préjugés sont bien plus nombreux que les ‘sectes’... Bien sûr il y a des sectes, il faut les combattre avec des preuves et non des rumeurs...
- Comment en êtes-vous venus à l’écriture du roman lui-même ?
- (moment de réflexion) C’était... un peu plus tard, en fait ; j’ai lu plusieurs choses sur, vous savez, un autre côté de l’histoire, ces soi-disant ‘associations familiales’ – la plupart d’entre elles font un travail fantastique ! Mais il y a ce type particulier d’association qui se présente comme une ‘association familiale’, qui se dit ‘antisectes’ et qui de part son intolérance profonde, soit au profit d’une religion soit au profit d’un athéisme agressif, souhaite la destruction de toutes les religions, et en fait manifeste un comportement tout à fait sectaire ! Un comportement qui est tout ce qu’elle reproche à ces ‘sectes’ qu’elle voit partout. Les Voleurs d’Enfant illustre les motivations profondes d’une personne qui va manifester de plus en plus cette intolérance, et la fin du livre dévoile plus clairement l’origine de cette peur dans l’histoire personnelle du personnage principal.
- C’était l’exemple type d’une association à l’apparence soignée, qui luttait contre les sectes, et qui n’était perçue par personne comme une secte ? Un exemple type de confusion ?
- Oui ! C’est vraiment ça. Vous l’avez bien lu ! Il faut en effet se battre contre les sectes, ça ne doit pas être remis en question, le truc c’est de savoir où elles sont et où elles ne sont pas, et le thème de l’association familiale antisectes qui est en fait la pire d’entre elles est l’exemple parfait de la confusion dans laquelle un système peut tomber lorsqu’il prend les chemins de la rumeur, des préjugés, de la condamnation rapide, plutôt que ceux de la justice.
- Et on aboutit là aux Voleurs d’Enfant... ?
- Il y a encore une dernière étape, en fait, c’est la construction psychique de l’individu. Le personnage principal. J’avais eu l’occasion, un jour, de parcourir un projet de livre à propos des sectes, de ce qui prédispose à y rentrer...
C’est le dernier, le troisième pilier de la construction de l’histoire. Il montrait en quoi la structure psychique d’une personnalité sectaire, victime ou gourou, était marquée par un côté que l’auteur appelait ‘incestuel’ ; et non pas la plupart du temps, incestueux, ce qui impliquerait un inceste réel, de la pédophilie, etc. ‘Incestuel’ était utilisé par l’auteur pour définir un climat familial de refus permanent d’intimité psychologique, vous savez ce genre de climat familial où, bizarrement, les moindres contacts physiques et signes d’affection ordinaires sont fuis comme la peste, mais où par contre chacun creuse dans la tête de l’autre, exige sévèrement les explications ou les justifications les plus immédiates et les plus complètes de toute initiative, de toute action de l’autre, spécialement celles qui sortent de la routine et du ‘strictement convenable’, ridiculise systématiquement les différences de comportements quand elles se manifestent, les différences de pensée...
Ou bien à l’inverse (le résultat sera le même) on met ces différences de comportement, de vie, en pleine lumière, en simulant l’admiration totale, on les expose comme des pièces rares, que tout le monde a l’absolue obligation de regarder, on exige finalement dans la famille elle-même une identité absolue de pensée et d’attitude et l’empêchement ou la destruction de toutes les divergences lorsqu’elles apparaissent, jusqu’à un âge avancé des enfants qui restent prisonniers toute leur vie du regard et de l’idéologie de leurs parents, et qui n’affirment pas un caractère qui a été, finalement, empêché, infantilisé, opprimé tout au long de leur jeunesse, d’une manière souvent très subtile mais extrêmement concrète... Et dans toutes sortes de familles, même hautement intellectuelles...
- C’est ce qui caractérise la personnalité sectaire ?
- D’après l’auteur en tout cas c’était clair, d’après ses propres recherches... Ça cadrait tellement bien avec le reste. Cette attitude oppressante du père sur le fils servait à merveille la trame du roman. Pourquoi un tel individu est aussi étouffant, par désir de protection, et pourquoi face à son échec à sortir son fils d’une ‘secte’ il est lui-même attrapé par une vraie secte qui joue sur sa volonté de protéger un enfant, la nourrit, la renforce, et l’utilise [le père] pour recruter et paniquer d’autres parents qui vont devoir eux-mêmes sauver de plus en plus d’enfants...
- Sa personnalité paranoïaque collait bien avec la mentalité d’une secte ‘anti-sectes’ qui cherche à protéger le monde contre une collection d’ennemis imaginaires...
- En effet, mais attention au mot ‘paranoïaque’. C’est un grand mot ; c’est un penchant qu’on peut retrouver à des degrés plus inoffensifs chez beaucoup de personnes. La somme des moments où nous nous sommes fait agresser, à tel ou tel degré, par quelqu’un dans notre histoire personnelle, peut créer chez chacun d’entre nous un léger sentiment de devoir se défendre constamment contre tout et tout le monde. Seulement, lorsque Clarck Jannings rencontre sa secte ‘anti-sectes’, ce côté est exploité à 600% et il va s’accroître jusqu’au bout...
- Jusqu’au retour du plus ancien et véritable ‘agresseur’ ?...
[...]
3. Des sectes "anti-sectes" en France?
« LE VRAI VISAGE DE L'ADFI » D’après "Sectes, religions et libertés publiques" De Christian Paturel Éditions La Pensée Universelle (1996)
"La plupart des mouvements "anti-sectes" européens sont des émanations de l'AFF (American Family Foundation). L'ADFI figure d'ailleurs fréquemment dans "The Advisor", une publication de l'AFF. Cette organisation anti-sectes est composée essentiellement de psychiatres marginaux : Margaret Singer, Jolly West, John Clark... [Note: l'AFF a récemment changé de nom pour "ICSA": International Cultic Studies Association. Pour ceux qui s'intéresseraient précisement à l'AFF, Barbara Boyd, Représentante de l'Etat d'Alabama, explique dans son article L’American Family Foundation (repris dans la section 4 de cette page) que l'origine de l'AFF remonte à bien plus loin que sa naissance officielle en 1979, c'est-à-dire dans les opérations secrètes de "contrôle du mental" menées par la CIA entre les années 1950 et 1970. Elle montre aussi que l'AFF a été financée en grande partie par de riches familles américaines (Watson et Pew) bien connues pour leur collaboration au sein des Etats-Unis avec Hitler et l'Allemagne nazie, et par d'autres familles d'extrême-droite. Il faut comprendre dans cet article que l'ADFI émane de l'AFF dans le sens où elle se réfère, dès sa création, aux psychiatres marginaux (principalement ceux qui travaillèrent aux programmes de "contrôle du mental" de la CIA: Clark, West et Singer) dont l'idéologie barbare donna naissance à l'AFF.]
Au sein de cette structure internationale, les psychiatres occupent une place de premier plan. Ces derniers sont des spécialistes des contrôles du mental humain (hypnose, électrochocs, injection de drogues), des techniques de manipulation des foules, du "deprogramming" qui, par des pratiques diverses et violentes, vise à rétablir la "santé mentale" des individus concernés. Parmi ces psychiatres :
L'ADFI est née à Rennes (France) en 1974 à l'initiative du Dr Champollion et du Psychiatre André Badiche. Elle déclare immédiatement son attachement aux théories pseudo-scientifiques des psychiatres américains : John Clark, Margaret Singer et Louis West, visant à la normalisation de la société qui serait en péril à cause des mouvements sectaires ou des nouvelles religions.
On retrouve dans l'ADFI les idées qui animaient les mouvements antisémites et antimaçonniques qui firent les beaux jours du gouvernement de Vichy : dénonciation d'une minorité occulte qui détiendrait la réalité du pouvoir de la finance et qui serait à l'origine des malheurs de la société. Cette attitude a été mise en évidence par le CFSD (4 rue Burq 75018 PARIS). Les sectes ont remplacé les Juifs et la Franc-Maçonnerie, devenue inattaquable à cause de son pouvoir politique."
« L'ADFI EN CAMPAGNE »
Extrait de "Haines d'hier et d'aujourd'hui - Campagnes anti-juifs, anti-franc-maçons, anti-sectes" de Pierre Barrucand (Maître de recherche honoraire au C.N.R.S.) aux Editions Spirales (1992)
"Quand je vois un mouvement comme l'ADFI (Association de Défense de la Famille et de l'Individu), j'ai l'impression qu'on y rencontre surtout des personnes qui sont en proie à une obsession, une intoxication. Autrement dit, ils subissent exactement le phénomène qu'ils croient devoir dénoncer - sans le début d'une preuve - contre un certain nombre de religions plus ou moins minoritaires.
Si manipulation mentale il y a, elle est le fait de l'ADFI, dont les membres s'intoxiquent mentalement eux-mêmes.
[...] Mais ce qui est absolument stupéfiant, c'est de voir un mouvement confidentiel et quasi-secret comme l'ADFI être pris au sérieux par certains journalistes, voire certains milieux officiels. Elle est le pivot central d'une campagne de désinformation. C'est pourquoi cette association est redoutable et perverse. En effet, elle reproduit, presque mot pour mot, les campagnes du début de ce siècle, celles de Mgr Jouin, de l'abbé Tourmentin et de bien d'autres. Elle fonde toute son action, au mieux sur la polémique méchante, au pire sur la délation et la désinformation. On y retrouve presque les accents du journal "Au pilori !", au temps de l'Occupation.
On remarque cependant une différence sérieuse entre l'ADFI et les disciples de Mgr Jouin ou de l'abbé Tourmentin. Ce mouvement a su se donner une image respectable et est parvenu à tromper la presse et même parfois les pouvoirs publics. Cette "secte" - au sens le plus péjoratif du terme - est arrivée ainsi à une certaine puissance, réalisant donc en partie les fins ténébreuses qu'elle attribue à ceux qu'elle combat, unissant avec habileté le rationalisme athée de certains et l'intransigeance doctrinale théologique d'autres, et surtout arrivant à se faire passer comme sérieuse et objective.
Dans le cas de l'ADFI, j'ai eu l'impression de gens qui sont véritablement intoxiqués par leur mythologie et qui vivent dans un univers complètement fantasmatique. Je pense que Mgr Jouin, même s'il fut un brave prêtre par ailleurs, était certainement un personnage de ce genre. Je voudrais ajouter que l'ADFI est parfaite dans son rôle de secte anti-secte : c'est une espèce de structure complètement figée.
Par ailleurs, les activités de l'ADFI ne sont-elles pas en contradiction formelle avec la loi antiraciste en vigueur en France ? Il est inadmissible qu'il y ait une lecture "à deux vitesses" de cette loi et que la presse accepte de répéter les accusations insensées d'une "secte anti-secte" composée de monomanes.
Il est bien évident que ce que je dis ne saurait justifier en aucun cas les agissements de tel ou tel groupe qui se livrerait à des activités criminelles. Il s'agit simplement du droit de pratiquer une religion et d'exprimer ses convictions. Il faut que la presse et les pouvoirs publics deviennent conscients de la vraie nature de l'ADFI."
Association d’Aide aux Victimes des ADFI Les buts de l’Association d’Aide aux Victimes des ADFI sont d’offrir un soutien et des conseils juridiques aux victimes.
« UN LOBBY TRES PUISSANT : LE LOBBY CULTES » [‘contre les sectes’, de ‘cult’ = secte en anglais] Extrait de « Lettre ouverte à la "secte des adversaires des sectes"», de Anne Morelli aux Editions Labor (1997)
"On peut certes comprendre que des drames familiaux comme celui que vécut Roger Ikor à travers la mort de son fils aient engendré des associations cultes (dans son cas, le C.C.M.M., Centre de documentation, d'éducation et d'action Contre les Manipulations Mentales, aussi appelé "Centre Roger Ikor"). Mais il me semble suspect que, à travers le monde, des milliers de personnes liées entre elles par un réseau international aux multiples ramifications vivent pour et par la chasse aux sectes.
Leurs méthodes sont partout semblables : jeter le discrédit sur tous les groupes religieux en dehors des grandes religions classiques et semer à ce sujet la désinformation. La "secte des adversaires des sectes" tenaille donc particulièrement les médias et le monde politique, mais ne néglige pas non plus l'approche du monde de la recherche universitaire. En France, deux associations se partagent ce "marché", correspondant aux deux options fondamentales de la société française : l'une est laïque (CCMM) et l'autre est catholique (UNADFI) [note : l’UNADFI est l’Union Nationale des ADFI].
En Belgique, ce lobby international est également représenté par des associations liées à nos « piliers» traditionnels. Le CIGS (Contacts et informations sur les groupes sectaires) est d'obédience catholique et a essaimé en province des « Associations de soutien aux familles victimes des sectes» . De l'autre côté, l'A.D.I.F. (Association de Défense des Intérêts des Familles) est liée à l'association laïque fondée en France par Roger Ikor, à un homologue luxembourgeois (CDFI Luxembourg) et à l'ADCAM (Association de Défense Contre les Agressions Mentales).
Une Fédération européenne de ce business cultes est par ailleurs installée également à Bruxelles (FECRIS - Belgique). Du côté néerlandophone, la VVPG (Verdediging Van Persoon en Gezin) est une instance semi-officielle, en contact avec l'ADIF. Cette dernière recherche, à la faveur de la récente commission parlementaire, une reconnaissance officielle, le droit d'ester en justice au nom des victimes réelles ou supposées et - si possible ! - des subsides en conséquence. Elle a déjà réussi à établir des relations privilégiées avec de nombreux journalistes et a infiltré le milieu politique bruxellois. Ainsi, le dépliant « Sectes à visage découvert» , publié par l'échevine [magistrat municipal, en Belgique] des affaires sociales de Bruxelles, Carine Vyghen, avec le sous-titre avenant de « Une prison sans barreau» et la photo d'un rapace menaçant, conseille-t-il, ni plus ni moins, de s'adresser en cas de « problème» à l'ADIF ! Le pas fatal supplémentaire serait évidemment de reconnaître ce lobby et de le soutenir avec l'argent des contribuables!
Une autre pratique de désinformation menée par la « secte des adversaires des sectes» est de gonfler les chiffres des adhérents à ces religions minoritaires. Ces chiffres, après douze années d'enquêtes dans ces milieux, je suis plus que jamais incapable de les préciser. En 1981, j'avais - péché de jeunesse - lancé le chiffre de 80.000, mais au fur et à mesure de nos travaux, mes certitudes se sont envolées. Le chiffre, lui, a souvent été repris. Dans chaque groupe religieux, on a tendance à les gonfler (cela donne du poids à la communauté et à ses croyances), mais curieusement, les adversaires des sectes aussi les gonflent, car la pertinence de leur « lutte» (et donc les moyens qu'ils réclament) est évidemment liée au danger potentiel que représente un groupe. Les médias aussi, pour que leur sujet apparaisse important, participent à cette surévaluation du phénomène. Or, si certaines communautés religieuses sont nombreuses, d'autres ont 10, 5 voire 3 membres. Révéler ce nombre infime serait très dévalorisant pour la "secte des adversaires des sectes".
Les lobbies cultes insistent aussi sur un aspect « captation de notre belle jeunesse» , qui ne correspond guère à la réalité que nous avons pu vérifier lors de nos enquêtes de terrain. Certes, il y a des jeunes dans ces groupes, mais pas de manière « anormale» , et certains groupes sont plutôt formés de jeunes couples, de familles, de vieux soixante-huitard ou même de personnes du troisième âge qui forment une excellente «cible» lorsqu'elles ont à partager du temps, du dévouement et - ce qui ne gâche rien - un peu d'argent. Mais la vieille recette a fait ses preuves : les nouvelles religions ou philosophies doivent toujours être présentées comme les captatrices de la jeunesse. Déjà dans l'Antiquité, lors de l'affirmation du Christianisme, les auteurs païens lui reprochaient essentiellement de détourner la jeunesse de la religion traditionnelle...
Lorsqu'un journaliste ne se soumet pas au schéma classique antisecte, il est aussitôt accusé de complaisance. Ainsi, les auteurs de deux documentaires Arte consacrés aux mormons sont-ils vivement critiqués par « Le Monde » . Ils auraient présenté cette religion avec trop de sympathie... [...] On comprend dès lors pourquoi les « sectes» voient rarement avec plaisir débarquer en leurs murs des journalistes, chargés dès le départ de ramener des «informations» croustillantes, sensationnelles et surtout inquiétantes..."
Les modèles historiques de la lutte anti-sectes Le 'délit de manipulation mentale' et son précurseur, le déli de 'plagio' créé en 1930 par Mussolini La toute première liste des sectes interdites... par le troisième Reich le 28 février 1933 Explications et photos des documents d'origine > http://www.la-liste-noire.nouvelle-religion.fr Liste des sectes de la Gestapo (traduction en anglais du document officiel) Ordre de dissolution de la Théosophie par la Gestapo interdites au nom de la "protection du peuple et de l'Etat" 20 juillet 1937 - source: archives du procès de Nuremberg 28 février 1933 - source: Centre de Documentation de Berlin
4. L'AFF ou ICSA, modèle américain de la secte "anti-sectes"
« L’American Family Foundation »par Barbara Boyd, Représentante de l'Etat d'Alabama (USA)
"L’AFF est financée par l’élite financière anglo-américaine : des spéculateurs de Wall Street tels que la maison Morgan, ou la famille Watson du fondateur d’IBM, Thomas « pop » Watson, collaborateur avéré d’Hitler et de Mussolini, ou encore la Fondation Scaife d’extême droite (de Richard Mellon Scaife) qui bâtit le réseau de fondations et de think tanks qui contrôlent le parti de la guerre de Dick Cheney. L’AFF reçut aussi ses premières subventions de la Fondation Pew. Comme Watson, les membres de la famille Pew à Philadelphie furent des sympathisants d’Hitler et fondèrent secrètement des organisations pro-Hitler aux sein des US durant les années 30.
Les plus grands financiers de l’AFF durant ces dix dernières années ont été la Fondation Bodman et la Fondation Achelis, fournissant plus d’un demi million de dollars. Ces deux fondations séparées ont les mêmes administrateurs et gérants et sont toutes les deux hébergées dans le cabinet d’avocats new-yorkais Morris and McVeigh. Le personnage clé de ces fondations est John Irwin III, qui en est le président et le trésorier.
Irwin III, spéculateur à Wall Street et aussi propriétaire de grandes étendues de terre en Arizona et en Californie, est spécialisé dans la gestion des fondations caritatives des familles « patriciennes » de l’Amérique, incluant la fortune de son grand-père, « pop » Watson, le super-espion, collabo d’Hitler et dirigeant IBM durant les années 30. Son père, John Irwin II, fut conseiller légal international pour les intérêts Morgan et l’adjoint principal de Henry Kissinger lorsqu’il était Secrétaire d’Etat. Il a aussi été l’ambassadeur des Etats-Unis en France entre 1973 et 1974. Bien que les premières affaires d’Irwing III furent deux entreprises spécialisées dans le capital risque (Hillside Capital et Brookside), il est plus connu pour la gestion de fondations privées.
En fait, chaque fondation qui sponsorise l’AFF a une longue histoire dans de sales opérations du renseignement anglo-américain. La Fondation Bodman, par exemple, a fondé l’infâme secte Nouvel Age, le Temple of Understanding (Le temple de la compréhension) aux Nations Unies, mis en place par les satanistes du Lucis Trust. A « droite », elle a financé l’International Rescue Committee du néo-conservateur Leo Cherne et de l’ancien directeur de la CIA, Bill Casey, ainsi que le Manhattan Institute, le Claremont College et d’autres nids néo-conservateurs Straussiens.
Le directeur exécutif de la Fondation Bodman, Joseph Dolan, est aussi directeur exécutif de la Philanthropy Roundtable, créée par la Fondation Bradley afin de coordonner les subventions de toutes les fondations conservatrices des US de manière à imposer une hégémonie idéologique sur les campus et les institutions politiques de la nation. Une autre des fondations de John Irwing III a fait campagne publiquement, après le 11 septembre, pour le Choc des civilisations de Samuel Huntington, blanc-seing pour une guerre contre l’Islam.
L’histoire officielle de l’AFF fait croire que l’association fut fondée en 1979 par un parent inquiet, Kay Barney, directeur retraité de Raytheon International Affairs, et par le docteur John Clark de Harvard Medical School, en réponse à la menace posée par des sectes violentes et coercitives, particulièrement à la suite des prétendus suicides de masse des membres de People’s Temple Church du révérend Jim Jones, en Guyane en 1978. En langage contemporain, cette version de l’histoire de l’AFF est ce qu’on appelle une « urban legend » (invention de toute pièce). En réalité, le business de l’AFF est le contrôle mental. Trois de ses « experts », Robert J. Lifton, Louis Jolyon « Jolly » West et Margaret Singer ne se sont pas contentés d’étudier le contrôle mental, ils ont pratiqué le conditionnement coercitif digne des docteurs nazis lors de leurs abominables expérimentations secrètes entreprises par la CIA et par le renseignement militaire à travers le projet MK-Ultra [programme secret de contrôle du mental mené par la CIA à partir des années 50 (drogue, hypnose, LSD...)]. Un quatrième expert de l’AFF, le rabbin Maurice Davis, lui aussi, un ancien du projet MK-Ultra, financa, lors du décollage de la secte à Indianapolis, le psychotique révérend Jim Jones.
En 1977, lorsqu’une série d’audiences du Congrès, qui eurent lieu au Sénat et à la Chambre des Représentants, forcèrent la CIA et ses sbires à mettre fin aux programmes secrets de contrôle mental, Lifton, Singer, West et quelques autres qui avaient travaillé pendant des années en tant qu’employés de la CIA furent remerciés. Ils trouvèrent une nouvelle famille au sein de l’AFF.
Pour bâtir financièrement l’AFF, un vaste effort de financement a vu le jour, en particulier quand un certain nombre d’enfants de l’élite ont sauté les barrières de classe en plongeant dans la contre-culture, rejoignant la secte Moon, les Krishnas, la Scientologie et autres entités similaires, nées de l’explosion des phénomènes sectaires dans les années 70. Pour chaque nouvelle expérimentation de l’irrationnel produite par L’Age du Verseau se créait un inquisiteur tout aussi irrationnel qui affinait et jouait avec les nouvelles structures de croyance.
Le rôle de l’AFF, en perpétuant la tradition du contrôle mental de MK-Ultra, n’est pas surprenant. Une faction de l’establishment financier a toujours préféré les opérations de renseignement sous contrôle privé plutôt que sous contrôle du gouvernement. En fait, après la seconde guerre mondiale, le grand-père de John Irwing III, « Pop » Watson, projeta la création de ce type d’empire privé de renseignement. « Un sous-directeur du Bureau des Services stratégiques » approcha Watson « avec une proposition commerciale » écrit R.Harris Smith dans son livre OSS. « Pourquoi ne pas former une organisation privée de renseignement et offrir ses services au gouvernement sous forme de contrats ? Les deux hommes augmentèrent le capital initial pour le projet… » Cependant, le projet fut mis sur la touche en raison d’une loi fédérale : la National Security Act de 1947, qui avait déjà été élaborée pour fonder la CIA. Comme le montre l’affaire Iran-Contra dans les années 80, qui en est une illustration plus récente, l’establishment financier n’a jamais abandonné son engagement envers les opérations de renseignement privé.
L’AFF est précisément ce genre d’opération privée qui fonctionne, en fait, comme un appareil de contrôle d’expérimentations psychiatriques en direct, conduites par un réseau de « kidnappeurs à gage », d’escrocs et de croque-morts, des êtres ayant un cerveau limité et un casier judiciaire bien rempli, qui revendiquent leur savoir faire en matière de « déprogrammation » de membres de sectes en appliquant des techniques musclées de conditionnement psychologique, tout en restant à l’abri des poursuites judiciaires contre ce genre de pratiques.
Ces « déprogrammeurs » opèrent de concert avec un certain nombre d’entités impliquées dans le « prêt » de criminels et de mercenaires, activité qui constitue peut-être le plus grand réseau de professionnels du kidnapping de toute l’histoire de l’Amérique moderne. Souvent, ces opérations d’enlèvements recoupaient les activités de certaines branches corrompues de l’appareil judiciaire ou de la communauté du renseignement, permettant ainsi à certains criminels d’échapper à la Justice.
Les membres de la Jewish Defense League (JDL), une organisation dont les membres israéliens sont sur la liste des organisations terroristes étrangères du Département d’Etat et qui constituent un potentiel terroriste pur et dur, sont employés par les « déprogrammeurs » liés à l’AFF. La secte des Loubavitchs, le club de motards Hells Angels et les anciennes Special Forces (US) ainsi que les unités de commandos britanniques Special Air Services (SAS) ont aussi été employés dans des opérations d’enlèvement. Par exemple, Galen Kelly, le roi des déprogrammeurs, qui n’avait aucune formation professionnelle en psychologie ou autre, et qui se servit des terroristes de la JDL dans ses enlèvements et ce, jusqu’en 1990, était si vénéré par ses sponsors qu’il se vit offrir un siège comme membre du conseil du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA). Le vice-Président Dick Cheney en était un autre membre.
L’AFF, et l’association dans son orbite direct, le Cult Awareness Network (CAN) [...] sont entrés dans une période de turbulences au cours des années 90. La secte CAN et son déprogrammeur, Rick Ross, ont été accusés par un jury fédéral de conspiration et violations des droits civils pour l’enlèvement et pour la déprogrammation abusive de Jason Scott, précipitant le CAN dans la faillite. On fit une enquête sur Galen Kelly et des poursuites furent engagées au niveau fédéral pour ce que les procureurs fédéraux appelèrent « une industrie pur et simple d’enlèvements à gage ». On révéla que l’ADL ['Anti-Defamation League' ou 'Ligue Anti-Diffamation', organisation de lutte mondiale contre la contestation des politiques guerrières d'Israël] mettait en place une opération gigantesque d’espionnage politique privé, en collectant des informations sur des milliers d’Américains et sur des groupes présumés subversifs ou qui pouvaient être une menace potentielle pour les politiques de la droite folle du Likoud en Israël. [...]
Le résultat de ces scandales, dans lesquels les procureurs fédéraux ont montré que le CAN n’était rien de plus qu’une bande d’extorqueurs et d’escrocs manipulants les émotions de parents désespérés, ainsi que la mort de Margaret Singer, de l’ancien président de l’AFF, Herbert Rosedale, et d’autres personnes, ont fait que les réseaux de l’AFF et de la CAN ont été réorganisés. Les « déprogrammeurs » se qualifient eux-mêmes aujourd’hui de « conseillers de sortie » et « d’interventionnistes » et abjurent les techniques du passé.
Le label « Cult Awareness Network » a été acheté par la Scientologie lors de la faillite du CAN et les anciennes sommités de l’organisation opèrent à présent sous différentes identités et sur différents sites internet. Mais l’AFF a recruté de nouveaux membres et a formé un comité international de conseillers qui est présent au Mexique, en Espagne, en Grande Bretagne et dans d’autres pays d’Europe et qui fonctionne sur un nouveau mode plus agressif.
Un bref aperçu sur les « professionnels » qui conseillèrent l’AFF et le CAN permettra de mieux saisir la nature du projet :
Alors que l'argent des fondations et l'attention des médias alimentaient l'activité de l'AFF, les théories sur la coercition psychologique et les phénomènes de sectarisme avancées par Singer et l'AFF étaient sans cesse rejetées pour être sans fondement scientifique, en particulier par l'American Psychological Association (APA)."
> http://www.solidariteetprogres.org
5. Mouvements "anti-sectes" aux USA et en France
D’après le CESNUR - Le C.E.S.N.U.R. (Centre d'études sur les nouvelles religions) est un réseau international d'associations de spécialistes des nouveaux mouvements religieux dirigé par l'historien et sociologue italien Massimo Introvigne. Il est indépendant de tout groupe, mouvement ou association religieuse.
« Les mouvements anti-sectes aux États-Unis et en France: parallèles et différences » par Massimo Introvigne, directeur du CESNUR
« Mouvements “contre les sectes” et “anti-sectes”
Tous les ennemis des “sectes” (mot que plusieurs spécialistes universitaires ont tendance à ne pas utiliser, en préférant pour plusieurs raisons “nouveaux mouvements religieux”) ne se ressemblent pas. Le front des ennemis des “sectes” n’est pas unitaire. La majorité des spécialistes qui l’ont étudié sont d’accord pour distinguer deux sous-mouvements: un mouvement “contre les sectes” (counter-cult movement) d’origine chrétienne et un mouvement “anti-sectes” (anti-cult movement) d’origine laïque. La distinction a été tout d’abord le fait des spécialistes (surtout J. Gordon Melton aux États-Unis et le soussigné en Europe) [5]. Elle a cependant été acceptée non seulement dans les milieux universitaires, mais également, aux États-Unis et dans certains pays européens, par les plus grandes organisations contre les sectes - notamment le Christian Research Institute (CRI) fondé par Walter Martin (1928-1989) et le Dialog Center International, présidé par le pasteur luthérien Johannes Aagaard à Aarhus [6], au moins dans sa branche danoise - et elle est désormais courante dans les milieux chrétiens évangéliques aux États-Unis. Par contre, cette distinction - d’ailleurs évidente - ne se retrouve pas dans les publications du mouvement anti-sectes, dont les organisations aiment s’afficher comme représentantes de tous ceux qui s’opposent aux “sectes”, d’un point de vue soit religieux, soit laïc.
Les différences principales entre mouvements contre les sectes et anti-sectes se situent sur trois terrains: la définition de l’adversaire, les stratégies, les rapports avec les Églises. Pour un mouvement d’opposition, la définition de l’adversaire est, bien entendu, capitale. Or, la définition de “secte” (ou cult en anglais) n’est pas identique dans les mouvements contre les sectes et anti-sectes. La différence capitale est la distinction entre agissements (deeds) et croyances (creeds) que souligne le mouvement anti-sectes, et qui est généralement refusée par le mouvement contre les sectes. “Nous nous occupons seulement des agissements, et non pas des croyances” est le slogan courant du mouvement anti-sectes. Mais, aux yeux du mouvement contre les sectes chrétien, cette position ne peut pas être retenue. Bien au contraire, si nous écoutons Johannes Aagaard, “il faut se rendre compte qu’une croyance est déjà un comportement. Si l’on veut arrêter les comportements erronés, il faut tout d’abord réagir contre les croyances erronées. Mais cela rend nécessaires d’autres croyances [...] Aagaard [8] fait observer que le mouvement anti-sectes a aussi son orthodoxie à défendre, celle du secular humanism ou d’une laïcité conçue comme au 19e siècle. Certes, cette observation n’est pas valable pour tous les mouvements anti-sectes, mais peut-être Aagaard n’a-t-il pas tort, si l’on considère les positions de la porte-parole la plus connue du mouvement laïc anti-sectes aux États-Unis, la psychiatre Margaret Singer. En témoignant contre les dévots de Krishna devant un tribunal californien, elle déclarait que, pour elle, “les croyances n’ont aucune importance” [9] . Mais, dans un entretien accordé au journal d’un mouvement contre les sectes chrétien, elle déclarait considérer comme “sectaires” (cultic) et dangereuses les positions des mouvements religieux qui se situent “en dehors du monde de la science, du libéralisme et du rationalisme”, car “contraires à notre compréhension scientifique générale de la causalité”[10] [..]. On comprend comme certains mouvements anti-sectes ont pu être accusés de s’intéresser aussi, nonobstant leurs négations, aux croyances, évaluées selon une orthodoxie qui n’est pas celle de la Bible, mais plutôt celle du “libéralisme”, du “rationalisme” ou de la “science”. C’est ce qui alimente les soupçons du mouvement contre les sectes. [...]
En deuxième lieu, les stratégies du mouvement anti-sectes et du mouvement contre les sectes ne se ressemblent pas. C’est que le but est, en soi, différent. Pour le mouvement anti-sectes, il suffit de “libérer” la “victime” de la secte sans trop se soucier de ses croyances religieuses à venir. En critiquant le mouvement anti-sectes, la revue du Christian Research Institute - le plus important mouvement chrétien contre les sectes aux États-Unis - écrivait en 1992 que “pour les chrétiens, la préoccupation authentique et principale est toujours la vie éternelle. En effet, quel bon résultat a-t-on obtenu si les gens sont soustraits aux sectes, mais leurs nécessités spirituelles - qui, précisément, les avaient conduits dans les sectes - et leurs demandes sur le salut éternel demeurent sans réponse?” [11]. La stratégie du mouvement contre les sectes est typiquement apologétique, et recommande de ne jamais se limiter à la critique des “sectes” sans présenter les vérités chrétiennes qui s’opposent à chaque erreur “sectaire”. Dans la pratique, cela veut dire aussi que le mouvement contre les sectes est de moins en moins favorable à la répression légale et policière des sectes et à des interventions “dures” comme la déprogrammation ou même la forme plus modérée qu’on appelle aux États-Unis exit counseling. D’une part, on estime l’utilité pastorale - c’est-à-dire la possibilité de faire revenir les adeptes des “sectes” à l’orthodoxie chrétienne - de ces mesures radicales comme quasiment nulle. D’autre part, on craint de plus en plus que tant des lois que la déprogrammation ou l’exit counseling puissent être utilisés - ce qui est déjà arrivé - contre des groupes évangéliques, notamment fondamentalistes, ou catholiques.
Ces observations nous amènent à la troisième différence principale entre mouvements contre les sectes et anti-sectes: les rapports avec les Églises. Si le mouvement contre les sectes a développé ses préférences quant aux groupes à inclure dans la définition de la “secte”, il a suivi un même parcours en ce qui concerne les exclusions. Pour les mouvements contre les sectes protestants, si un groupe est normalement accepté dans les milieux évangéliques et si sa doctrine ne contredit pas l’orthodoxie chrétienne traditionnelle, il n’est pas question de le considérer comme une “secte” même si, par exemple, son prosélytisme est très actif et les chefs exercent une forte autorité sur les fidèles. C’est le cas, notamment, des Jews for Jesus aux États-Unis, qui figurent souvent dans les listes des cults des mouvements anti-sectes et dont les mouvements contre les sectes prennent en général la défense. Il existe aussi des mouvements contre les sectes catholiques (comme le GRIS en Italie); ils se refusent à considérer comme “secte” tout groupe catholique qui n’a pas fait l’objet d’une condamnation formelle de l’autorité ecclésiastique ou dont l’Église de Rome prend même la défense. C’est le cas, tout particulièrement, de l’Opus Dei et de certaines communautés issues du Renouveau charismatique, attaquées par certains mouvements anti-sectes laïcs, mais qu’aucun mouvement contre les sectes catholique ne songerait à considérer comme “secte”.
Il est nécessaire d’insister ici sur le fait que la différence entre mouvement contre les sectes et anti-sectes n’est pas subjective, mais objective. [...] La différence ne concerne pas l’origine ou la foi subjective des membres du tel ou tel autre mouvement. Si l’attention se porte en priorité sur les croyances, il s’agit d’un mouvement contre les sectes. Si, par contre, l’on déclare que les croyances n’ont aucun intérêt pour la définition d’une “secte”, mais qu’il faut se concentrer sur les agissements, nous sommes en présence d’un mouvement anti-sectes.
Ces dernières années, certains mouvements contre les sectes chrétiens – surtout en Europe, mais aussi aux Etats-Unis – ont été de plus en plus influencés par les mouvements anti-sectes laïcs [13]. Les mouvements chrétiens très souvent ne comptent pas parmi leurs dirigeants des professionnels, et ont donc un certain complexe d’infériorité vis-à-vis de la “professionnalisation” des milieux laïcs. Attaqués par leurs adversaires, les mouvements chrétiens ont aussi eu besoin d’avocats spécialisés, qui souvent ne se trouvent que dans le mouvement anti-sectes laïc. On voit donc de plus en plus des mouvements contre les sectes chrétiens, tout en gardant leur intérêt distinctif pour la théologie, utiliser également des arguments et un langage typique du mouvement anti-sectes. D’autres mouvements contre les sectes chrétiens se méfient par contre de ce rapprochement, multiplient les attaques contre le secular humanism, et cherchent l’explication du succès des “ sectes ” surtout dans la démonologie, ce qui les éloigne davantage des mouvements anti-sectes laïcs. »
5. Pour une discussion de l’historique de la distinction et une bibliographie, voir mon étude "The Secular Anti-Cult and the Religious Counter-Cult Movement: Strange Bedfellows or Future Enemies?", in R. Towler (dir.), New Religions and the New Europe, op. cit., pp. 32-54. 6. Voir Hank Hanegraaf, Christianity in Crisis, Harvest House, Eugene (Oregon) 1993, et - pour le Dialog Center International - Johannes Aagaard, "A Christian Encounter with New Religious Movements & New Age", Update & Dialog, vol. 1, n. 1 (1991), pp. 19-23. 8. J. Aagaard, op. cit., pp. 21-22. 9. Margaret Singer, "Expert Witness Testimony", George v. ISKCON, 22-75-65 Orange County California Supreme Court, vol. 5 (1985), pp. 452-453. 10. Margaret Singer, "Interview", Spiritual Counterfeits Newsletter, n. 2 (mars-avril 1984), pp. 6, 12. 11. William M. Alnor et Ronald Enroth, "Ethical Problems in Exit Counseling", Christian Research Journal, vol. 14, n. 3 (1992), pp. 14-19. 13. Voir mes études : "L’évolution du ‘mouvement contre les sectes’ chrétien 1978-1993", op. cit.; "The Secular Anti-Cult and the Religious Counter-Cult Movement: Strange Bedfellows or Future Enemies?", op. cit.
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