Les Editions de la Méduse et Eric Bourdon

Diplôme d’honneur littéraire – 9ème Concours International  "Regards 2007"

 

Décerné le 19 mai 2007 à Nevers

 

    

 

 

Les Voleurs d’Enfant

 

Roman (Thriller)

 

170 p, 15 euros (frais de port compris) 

 

 

 

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La Méduse,

 

18, rue Anatole France,

 

59800 LILLE

 

 

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      Lorsque Clarck Jannings apprend que son fils, Mike, est parti dans l’épouvantable secte des ‘Clarificateurs’, la réalité prend pour lui l’allure d’un véritable cauchemar.

      Mais lorsqu’il entre dans une association familiale de lutte contre les sectes, Clarck trouve enfin une parole réconfortante : il pourra récupérer son fils ! Et aussi recruter d’autres parents qui travailleront avec lui pour empêcher que toujours plus d’enfants ne disparaissent...

      C’est alors que Miss Horseface, directrice rigide de l’association, lui révèle les fondements mystiques de sa bataille acharnée contre les sectes. Des théories qui le fascinent de plus en plus, et qui donnent enfin un sens à la douleur qui le submerge.

          Comme le dit Miss Horseface, les sectes se cachent toujours là où on ne les attend pas...

 

 

 

Quelques-uns des commentaires de lecteurs adressés à l'éditeur ou sur le site, et transmis à l’auteur qui les a lus et vous en remercie chaleureusement...

 

 

     Dès que j’ai commencé, j’ai été accroché par votre texte. Le sujet m’intéresse, j’ai trouvé pas mal de passages avec un humour très corrosif [...] Même la mention du début sur le fait qu'il s'agit d'une fiction pourrait avoir quelque chose d'ironique [...] Il y a aussi certains passages descriptifs assez fins et une réflexion intéressante sur la secte comme une sorte de religion appliquée.

 

     L’une des réflexions que je me suis faite après avoir lu votre livre, c’est que notre société laïque [...] a un problème majeur dans sa réflexion sur le problème des sectes. Elle n’a – par définition – que très peu de moyens de juger le contenu de la doctrine ou de la pratique d’une secte et ne peut que s’engager sur des éléments plus formels comme le rapport de la secte à l’argent, la question de savoir si la secte sépare les familles, si elle opère des « lavages de cerveau », etc. Mais ces critères ne fonctionnent pas bien si on les isole de la question « toute bête » de savoir si ce que la secte assigne est vrai ou pas.

 

          Daniel, responsable dans une association humanitaire.

 

 

     Du point de vue de l'écriture, c'est un vrai livre qui se lit d'une traite, parce qu'il sort des tripes comme un cri. Pascal a dit "La vraie éloquence se moque de l'éloquence". Je pense que c'est vrai quand on a vraiment quelque chose à dire [...] Quant aux sectes, comme les sceptiques, je "suspends" mon jugement ! En tout cas, c'est un vrai livre, bien écrit, dans un style alerte et vif. Félicitations.

 

          G., psychologue.

 

 

     je voulais vous dire que j'avais apprécié votre texte [...] très intéressant et remarquablement écrit. [...] le témoignage d'un auteur à autre auteur me semble un petit signe nécessaire et qui fait du bien dans la vie.

 

          Chantal, écrivain.

 

 

     Vous décrivez d'une manière vivante ce que les sociologues peuvent dire à propos de la panique sociale engendrée par les mouvements antisectes à propos des groupes religieux minoritaires.

 

          R., Maître de conférences en psychologie.

   

 

                           

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"BONUS"

       Les références des sections suivantes sont celles de livres ou de sites internet. Elles sont données ici à titre indicatif, pour évoquer dans l’actualité des pistes possibles où l’on pourrait retrouver la problématique du roman. Les sources sont clairement indiquées à chaque fois, et il sera bien plus intéressant encore de consulter ces livres et sites en entier, afin d’évaluer leur pertinence et de vous faire ainsi une idée par vous-même.

 

       Un mythe, propagé par des associations anti-sectes, voudrait nous faire croire que celles-ci n’ont aucune origine, aucune histoire, aucune idéologie, et qu’elles se contentent de relever les faits avec une objectivité éclatante. Les auteurs et références ci-dessous affirment le contraire. Ces associations ont une origine identifiable, des développements historiques riches et intéressants que l’on peut retracer avec précision, et une idéologie (deux idéologies majeures, en fait) parfaitement identifiable et subjective au plus haut point. Bref, elles ont une histoire, assez passionnante d’ailleurs.

 

Ces textes ont été sélectionnés et regroupés par Frédéric Mabrielle.

 

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1. Extraits du livre

2. Interview de l'auteur

3. Des sectes "anti-sectes" en France?

4. L'AFF ou ICSA, modèle américain de la secte "anti-sectes" 

5. Mouvements "anti-sectes" aux USA et en France

 

 

                   

 

     Précédentes publications d'Eric Bourdon:

  •        Hors-Sujets, essai philosophique sur l'origine pratique de la créativité artistique, paru aux Editions Sils-Maria (Belgique), 2000

                 Collection 'De nouvelles possibilités d'existence', disponible sur le site de l'éditeur: http://www.dbth.com/silsmaria/ 

                 et sur fnac.com

  •        "Introduction à Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche", article paru dans la revue Concepts [1] du même éditeur, 2000

 

 

 

 

 

1. Extraits du livre

 

 

                   Mais alors pourquoi avait-il changé d’avis ? Pourquoi avait-il décidé de parler à ses parents ? Clarck, encore immobile devant son téléphone, était perplexe mais il était bien décidé à élucider cette énigme. Qui n’en était pas une, évidemment, la réponse étant d’une extrême simplicité.

                   Les sectes attiraient les gens, le maximum de personnes ; elles ne répugnaient à rien. La secte avait convaincu Mike de dire à ses parents ce qu’il faisait dans cette organisation à Boston. La raison apparente était qu’il devait leur accorder une chance, au moins. Tenter de leur faire confiance. La véritable raison était bien sûr beaucoup plus intéressée : attirer deux adeptes de plus, et engloutir par la suite le reste de la famille dans cet engrenage infernal dont parlaient tous les journaux.

                   D’ailleurs Clarck n’avait-il pas demandé à son fils si ça lui ferait plaisir qu’il essaie lui-même les techniques qu’évoquait Mike à mi-mots ; à quoi Mike avait répondu qu’il faisait comme il voulait mais que ça ne le dérangerait pas, avec dans la voix une trace d’ironie qui n’avait pas échappé à son père.

                   N’était-ce pas là les prémices incitatives qui introduisaient l’imminent, le fameux « engrenage sectaire » ? Car on ne pouvait plus ne pas savoir : les journaux prévenaient sans cesse contre les premières invitations dans l’engrenage des sectes. Il fallait refuser dès le début. Après, c’était trop tard.

 

p.15-16

                   Miss Horseface les fit entrer dans son bureau, où deux chaises en bois de teck les attendaient, en face de la sienne. Entre eux, un bureau noir sur lequel luisait une grande plaque de verre. Rien d’autre, sur ce bureau, si ce n’était deux feuilles de papier, un stylo-plume noir et or et un rectangle en carton, plié en deux et disposé sur la longueur, où on pouvait lire : « L’AIDEREZ-VOUS ENCORE ? ». Derrière le bureau, à droite, un vieux cadre avec la photo d’un enfant très jeune reposait sur le rebord de la fenêtre. Un crucifix discret était planté sur le mur, au-dessus du visage dur de Miss Horseface qui, assise devant eux, souriait en entrecroisant ses mains de cire sur la surface de verre.

                   « Je vais vous dire qui vous êtes, commença Miss Horseface, et ce que vous faites ici. » Clarck Jannings esquissa un geste mais avant qu’il eut prononcé un seul mot, Miss Horseface le coupa net, souriant encore un peu plus :

                   « S’il vous plaît, voulez-vous ? Je vous connais "par coeur", je vois défiler des parents désespérés comme vous à longueur de journée. Et je sais qui vous êtes. Vous êtes... des parents adorables qui aimez votre enfant comme personne. Et soudain, pouf !, pour on ne sait quelles raisons obscures, il tombe dans une secte et disparaît. Vous essayez de l’aider, comme vous l’avez toujours fait, l’excuse est excellente, la secte en profite, vous fait passer pour d’horribles parents intolérants et coupe les ponts entre vous et votre enfant. Et cela, à tout jamais. » 

 

 

                   Les traits de Miss Horseface se resserrèrent. Ses yeux prirent une lueur vive du genre je-sais-de-quoi-je-parle-je-connais-la- chanson.

                   « Mike ne coupera pas les ponts avec vous. Il ne le veut pas. Vous l’aimez, n’est-ce pas, comment pourrait-il ne plus vouloir de vous ? Rassurez-vous. Il ne le veut pas. Eux, LA SECTE, le fera pour lui, car vous l’aimez, et eux, LA SECTE, le sait. Vous êtes pour eux LE PLUS GRAND DANGER. Vous seuls pouvez l’aider, car vous le connaissez mieux que personne, et vous savez que son caractère ne correspond pas à leurs théories bidon d’amélioration du mental ou de je-ne-sais-quelle-fu-mi-ste-rie ! Ce qu’ils vous font subir est proprement dégoûtant. Vous seuls le connaissez assez bien pour savoir qu’il fait une bêtise. Bien mieux qu’il ne se connaît lui-même ! Vous êtes par conséquent leur plus grand ennemi et la seule solution dont Mike dispose encore à l’heure qu’il est.

 

                                                                                                       p.60-61

 

 

 

 

 

 

                   « Toute religion étrangère à la Sainte Eglise Catholique s’appuie sur une erreur fondamentale, quelle qu’elle soit ; cela, Monsieur Jannings, en tant que chrétiens, est notre intuition. Nous pouvons en déduire que, malgré ses apparences, tout autre système, aussi séduisant soit-il, qui se nomme "religion" est une secte. Sans nous montrer racistes, ou intolérants, nous détenons cette merveilleuse clef pour la compréhension des choses. Cela veut dire qu’aussi belles que soient les apparences d’un autre système que le nôtre, si l’on recherche les indices de sa perversion intime, on finit par les trouver ! Cette vérité peut être claire, consciemment, pour vous qui êtes théologien. Elle est cependant présente, d’une façon ou d’une autre, dans l’inconscient de chaque chrétien qui assume son christianisme.

 

                   « Et cette vérité, reprit Miss Horseface qui ne s’arrêtait pas de parler avec une fluidité étonnante, cette vérité se vérifie, croyez- moi ! Toute notre association est bâtie dessus, car les bases du christianisme sont bien sûr la meilleure façon d’aider nos prochains. Pour éviter la provocation et les débats futiles, nous évitons bien évidemment de les mettre en avant dans ce qu’elles ont de rigoureusement théorique. Mais en tant que chrétiens il serait stupide de laisser à l’abandon les précieuses et uniques vérités dont d’autres que nous ne disposent pas, ou dont ils ne veulent pas disposer.

                   « Mais que disais-je, déjà ? Oui, cette vérité se vérifie à travers les multiples témoignages de parents, comme vous, atrocement malheureux, et que je rencontre régulièrement. On finit toujours par trouver, si on les cherche vraiment avec objectivité, les saloperies, excusez-moi du terme mais sachez qu’il est trrrèès loin d’être assez fort, dont se rendent sans cesse coupables ces ordures. Et laissez-moi vous dire que, quatre-vingt dix fois sur cent, ils ne recherchent en réalité, derrière les apparences, que le fric. D’ailleurs, ils font payer leurs services. C’est horrible... »

 

                  Le regard de Miss Horseface se perdit dans le vide, et l’incessant flot de paroles qui avait baigné l’obscur bureau depuis qu’elle avait commencé à parler s’arrêta net. Après ce monologue ininterrompu, le silence provoquait un contraste bien plus apaisant encore qu’il n’était gênant.

 

 

 

                   Miss Horseface ne disait plus rien et ne bougeait plus. Ses yeux fixaient imperturbablement la clef de la porte du bureau, derrière le couple attentif. Clarck s’était retourné deux fois pour constater pourtant que personne n’était là derrière eux.

 

 

                  Puis Miss Horseface sembla reprendre vie d’un coup, ce qui fit sursauter Clarck sur sa chaise. Elle ouvrit le tiroir du bureau dont elle sortit cinq livres de formats différents.

                    « Voici quelques bouquins, Monsieur Jannings, que vous feriez bien de consulter. Ils sont écrits par quelques grands catholiques ayant passé leur vie à aider les jeunes gens à sortir des sectes, et par quelques psychologues avertis, du même acabit si-je- puis-dire. »

                   Elle étouffa un rire puis reprit, tout en poussant les deux feuilles posées sur le bureau dans leur direction, et en leur tendant le stylo à plume d’or :

                   « Et ces fiches sont des contrats d’adhésion. Si vous voulez nous aider à aider d’autres jeunes gens comme votre petit Mike à sortir des sectes épouvantables dans lesquelles leur vulnérabilité les a piégés, vous pouvez choisir différentes formules.

                   « Au choix : cotisation annuelle $500 par an et par personne, cotisation pour dix ans $4000,  don selon votre convenance personnelle et l’importance que vous accordez à cette-grande-tâche-qu’est-celle-d’aider-tous-les-enfants-du-monde, ou encore un engagement à venir travailler avec nous pour en aider toujours de plus en plus. Et sans limite ! Ces choix sont bien sûr cumulables : vous pouvez offrir votre cotisation tout en travaillant à nos côtés. Selon votre convenance. Et ces quelques livres sont vendus $50 chacun. Clair, et simple. Une seule question : les aiderez-vous ? »

 

 

                                                                                                         p.64-66

 

 

 

 

 

 

                   Mike venait d’apprendre à son père qu’il partait. Où ça ? Loin. Comme toujours. Evidemment. Les-sectes-séparent-les-familles. Canada. Québec. Loin... où que ce soit, du moment qu’ils ne puissent plus avoir de contact (c’était le principe).

                   Plus loin que New Bedford, au-delà de Provincetown, plus loin que Brockton, plus loin même que Boston, et même pas en Amérique ! C’était pour le moins étrange, mais Clarck se souvenait avoir vu King-Kong au cinéma, et l’enserrement de Fay Wray dans les mains géantes qui se refermaient en l’asphyxiant progressive- ment était, très précisément, le sentiment qu’il ressentait à cet instant. Car il ne pouvait strictement RIEN FAIRE.

 

                   La bonne excuse de Mike était que, comme il avait eu l’impression la dernière fois que leurs relations s’étaient vraiment rétablies et que la confiance et la tolérance étaient revenues, il pouvait bien utiliser le téléphone (pour leur apprendre la dernière).

                   Les sectes agissaient comme des planteurs de clous : elles tapaient une fois, le clou s’enfonçait, elles tapaient deux fois, le clou s’enfonçait encore mieux, encore une fois, le clou s’enfonçait toujours un peu plus loin et plus facilement... ça marchait avec les adeptes, ça marchait avec leur famille. Quand on réagissait, c’était trop tard. Espèce de sinistre crétin, se disait Clarck en lui-même, si on n’a pas réagit brutalement, ta mère et moi, c’était pour ne pas donner un prétexte à ces salauds de te couper de nous définitivement... C’était beaucoup trop pour Clarck. Il faillit craquer. Mais il se reprit : bas-toi, bas-toi, ne les laisse pas faire : si on ne veut pas s’enliser jusqu’au fond, c’est comme dans les sables mouvants, il ne faut pas bouger, il faut se montrer souple, ne pas le contrarier, calme-toi. Sinon ils vont l’avoir.